Tribune : à nos espoirs perdus (Par Adama Souaré, juriste)

Ça y est, la messe semble être dite, le RPG-ARC-EN-CIEL tiendra sa convention ce 6 août 2020 et désignera à l’unanimité son candidat aux élections présidentielles d’octobre prochain. Ce candidat à en croire à tout ce que nous avons vécu et entendu depuis un bon moment (nouvelle constitution, conventions régionales du parti) ne fait aucun doute, ce sera le même que le parti RPG a connu et présenté pendant près de 30 années d’existence, c’est-à-dire le Président Alpha Condé.

Pour le RPG et ses alliés, il est le candidat idéal, le seul capable de porter le flambeau et les idéaux du parti tout en assurant son maintien au pouvoir. Aucune lueur de renouveau ne semble se dessiner au sein du parti, aucune alternance dans le choix du candidat du parti n’est envisageable. Le président Alpha semble porter sur ses épaules de vieil homme, le passé, le présent et l’avenir du RPG.

Même si je trouve cette décision du RPG et de ses alliés égoïste mais à y réfléchir je comprends leur choix pour la continuité ! C’est de bonne guerre en politique dans nos pays africains ou le verni de la démocratie ne sert qu’à maquiller les dictatures initiées et encouragées par des rapaces de tout acabit, au dessein inavoué d’enrichissement personnel. Peu importe ce que ça coûterait au peuple, le plus important étant le maintien des petits privilèges.

Par contre, ce que je n’arrive pas à comprendre, est bien l’attitude du Président Alpha Condé. L’homme qui a fait à son peuple la promesse d’une ère nouvelle emprunte de démocratie, de bonne gouvernance, de développement. Cet homme qui pendant ses longues années de conquête du pouvoir a donnéespoirà des millions de guinéens que le rêve de voir une Guinée meilleure sera possible, qu’un changement radical et positif dans la gestion du pays n’est pas une chimère.

Je me demande si le président Alpha se souvient encore de cet immense espoir qu’il a suscité au sein des populations ? A-t-il toujours comme ambition politique d’incarner l’espoir ? Se soucie-t-il des conséquences qu’un espoir perdu, qu’un désenchantement pourraient produire sur ces millions d’anonymes qui pendant des années se sont accrochés à l’espoir de le voir au pouvoir ?

Certainement les défenseurs d’une présidence à vie du Président Alpha, rétorqueront en disant que c’est justement à cause de cet espoir du peuple qu’il voudrait continuer afin d’achever ses œuvres. Mais, à eux je fais invite à lire jusqu’à la fin pour trouver ma réponse.

Je suis de la génération de ceux dont la tendre enfance a été bercée par le vent du multipartisme naissant en Guinée. Les enfants de la grande espérance, ceux à qui les parents n’ont de cesse répété la chance qu’ils auront de vivre leur vie d’adulte dans la démocratie et le développement incarnée par les opposants de l’époque. Parmi les hommes politiques opposés à cette époque à la confiscation du pouvoir par les militaires se trouvait en figure de proue Monsieur Alpha Condé. Pour avoir passé mon enfance entre la préfecture de Kankan et celle de Siguiri, j’ai vécu l’engouement, la ferveur et surtout l’espérance qu’engendrait au sein des populations chaque réception d’Alpha Condé ou de sa délégation, chaque meeting politique organisé par le RPG. Malgré les brimades, les violences, les injustices des autorités militaires et administratives de l’époque, les populations ont tenu bon car elles s’accrochaient à cet espoir suscité par le RPG et son Président. Chaque famille dans ces contrés, a sa propre histoire avec le RPG et personne ne peut le nier. Je sais qu’à l’image des populations de la haute Guinée, des millions de personnes dans les autres régions de la Guinée ont été touchées par le message d’espoir du candidat Alpha Condé et y ont cru.

Voilà qu’en décembre 2010, le long combat politique de monsieur Alpha Condé aboutissait enfin, il est élu à la présidence de la République. Un événement historique pour la Guinée qui connaissait sa première alternance démocratique avec à la clé la victoire d’un homme qui a passé toute sa vie à se battre pour l’instauration de la démocratie et de la bonne gouvernance. Avec cette élection, l’espoir suscité par l’homme politique Alpha Condé au début des années 90 s’est ravivé, il a pris des couleurs et des dimensions. Plus que jamais, les guinéens croyaient à l’instauration de la démocratie, c’était un soulagement, une délivrance pour toutes ces personnes qui ont cru en la sincérité du combat politique mené depuis plus de deux (2) décennies par le RPG.

Mais, que cet espoir ravivé a été vite froidement douché. Les mauvaises pratiques autrefois dénoncées par l’opposant Alpha Condé et son parti ont refait surface, elles n’ont d’ailleurs jamais été abandonnées, et pire elles sont devenues la norme de gouvernance. Calendrier électoral jamais respecté, modes d’organisation et résultats des élections toujours décriés, chaque jour avec son lot de nouveaux scandales de corruption et de détournements par les agents de l’administration publique, dénonciations de la surfacturation et de la mauvaise qualité autour des quelques projets de développement initiés, impunité et non-respect de la loi, inégalité des citoyens devant la justice, manque de politique sérieuse pour l’éducation et la santé, tueries lors des manifestations politiques etc.

L’espoir si vif et immense au début du premier mandat du Président Alpha Condé s’est amenuisé au fil de ces dix (10) dernières années. Et, si on n’en prend pas garde, il s’étendra à jamais avec l’adoption de la nouvelle constitution et cette volonté farouche des opportunistes à instaurer la présidence à vie pour le Président Alpha au-delà de ses deux (2) mandats.

Mon cri de cœur au Président, est celui du rappel qu’il faut savoir raison garder. L’espoir qu’il a suscité ne doit pas s’éteindre. En politique, il ne s’agit pas de combler tous les espoirs d’un peuple, un seul homme ne peut réaliser tous les rêves de son peuple et le peuple lui-même le sais. Ce qu’on demande à un politicien c’est de simplement donner espoir au peuple et entretenir cet espoir. Et, le Président Alpha doit le savoir plus que quiconque qu’assurer une alternance apaisée à la tête de l’Etat serai un levier pour booster l’espoir du peuple de Guinée. Peu importe que cette alternance se passe au sein d’un même parti ou au profit d’un autre parti, cela compte peu pour le peuple, il suffit juste que cet espoir continue à exister.

Ne dit-on pas que « l’espoir fait vivre », alors que le Président Alpha permette à son peuple de vivre d’espoir en garantissant l’alternance démocratique. Toute tentative de tuer cet espoir chez le peuple pourrait engendrer des dommages, que je crains irréversibles pour notre jeune démocratie. Même s’il semble tard, je garde toujours espoir que la flamme de l’espoir continuera à onduler malgré les tempêtes que nous traversons en ce moment. Et, qu’au bout du tunnel, le Président Alpha réservera à son peuple une surprise agréable et à la dimension de l’espoir placé en lui.

Adama Souaré, Consultant juridique et fiscal

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