Législatives et référendum : Alpha Condé et ses partisans font un très mauvais calcul

Le Chef de l’État guinéen, en à peine 24 heures, vient de prendre deux actes majeurs pour engager le pays dans une double consultation à haut risque : un referendum constitutionnel et des législatives.

Dans des conditions normales, démocratiques, nul n’aurait cherché à critiquer la démarche présidentielle. Mais, le Président Alpha Condé, qui aime tant se targuer d’être le 1er Président démocratiquement élu de Guinée, est en train de mener cette Guinée vers une crise aux conséquences sociales et économiques innombrables pour le pays et la sous-région.

Quelques mois à peine installé dans le fauteuil présidentiel, en décembre 2010, Alpha Condé avait tout pour conduire la Guinée sur les voies de l’émergence, qui auraient permis au pays de rattraper les locomotives sénégalaises, ivoiriennes, ghanéennes et nigérianes. Seule l’Ufdg et son chef, Cellou Dalein Diallo, n’avaient pas cherché à embarquer dans le bateau de « l’Opposant historique ». Ce que l’on appelle la Communauté internationale et les institutions financières lui ont apporté les soutiens nécessaires. Il est même parvenu à imposer aux sociétés minières, Rio Tinto notamment, des conditions d’intervention en Guinée, qui ont rapporté quelques 750 millions USD. Les fonds venaient de partout. Il est vrai que l’épidémie Ébola est venue briser l’élan attractif de «la destination Guinée» et a impacté sa progression.

Mais ce qui a le plus fait échouer la gouvernance d’Alpha Condé, c’est bien le fait de chercher des solutions politiques pour des questions économiques et sociales. Plutôt que de poser les jalons pouvant booster la réalisation d’infrastructures et l’abolition du système de gestion implanté par le premier régime (Sékou Touré) et sur lequel le second (Lansana Conté) s’est appuyé pour contrôler le pays, il a oublié qu’il a été élu pour un mandat de 5 ans, renouvelable une seule fois. Ainsi, il a passé tout son temps à parler de la gestion de ses principaux adversaires politiques, Sidya Touré président de l’Ufr et Cellou Dalein Diallo, chef de l’Ufdg. Et surtout de ce dernier. Que lui le chef de l’État se compare à d’anciens Premiers ministres qui, contrairement à lui, n’avaient aucun pouvoir décisionnel.

Avec les élections législatives et référendaire qu’il a convoquées pour le 1er mars prochain, de premier «Président démocratiquement élu», Alpha Condé est en train de devenir le Premier président à engager la Guinée, dans une crise sociopolitique aux conséquences dévastatrices pour le pays et toute la région ouest-africaine, notamment pour ses voisins immédiats.

Les observateurs et autres analystes de la scène politique guinéenne croyaient que sa décision de reporter les législatives, alors prévues le 16 février prochain, au 1er mars 2020, était pour donner une réponse favorable à la demande des Chefs religieux. Hélas que non. Comme dit l’un d’entre eux, « il a reculé pour espérer bien sauter. Mais, tout laisse croire que ce recul fera un mauvais saut ». Au plan régional (Cedeao) et international (États-Unis, Union européenne, notamment la France, l’Allemagne), la situation guinéenne préoccupe.

Alpha Condé et ses partisans qui, en juillet 2010, avait exigé et obtenu la correction de ce qu’ils avaient nommé dysfonctionnements dans le processus de l’élection présidentielle, savent sans aucun doute que le fichier électoral actualisé en décembre dernier comporte plus d’anomalies que n’importe quelle autre liste électorale que le pays a eue depuis toujours. Pour eux, il faut jouer la carte du fait accompli. Imposer leurs résultats et chercher à faire face aux sanctions internationales.

Très mauvais calcul. Car, ils ne mesurent pas que le bilan de leur gestion économique et politique (élections anormales à des dates irrégulières) joue contre eux. Qu’ils n’ont pas honoré les accords qu’ils ont signés avec l’opposition, dans lesquels des puissances internationales, Usa, France, Union européenne, etc. étaient parties prenantes. Juste compter sur des magistrats et les états-majors des forces policières et militaires suffira-t-il pour garder le pouvoir, face une population exclue du processus électoral, qui souhaite le changement ?

Visionguinee

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