Kaporo-rails, ou les effets pervers d’une gentrification (Edito de Dian Baldé)

C’est encore le ministre Kourouma, qui a l’air de battre tous les records d’impopularité dans le gouvernement, avec ces casses qui lui collent désormais à la peau, comme le lierre s’attache à l’arbre, qui vient de mettre les pieds dans le plat. En menaçant de s’en prendre aux cimetières de Kaporo-rails, ce haut commis de l’Etat est sur le point de commettre un sacrilège. Et le mot n’est pas trop fort. Car il faut appeler un chat un chat.


La lettre adressée par le ministre de la Ville et de l’aménagement du territoire au Secrétariat général des Affaires religieuses, en date du 8 avril 2021, intimant à celui-ci de procéder à la fermeture des deux cimetières de Kaporo-rails, au plus tard le 10 mai 2021, a fait l’effet d’une bombe au sein de l’opinion.

D’autant que la lettre est claire sur les intentions du gouvernement et précise que : « dans le plan d’aménagement du site, dont la mise en œuvre se fait dans le cadre d’une convention de partenariat public-privé entre l’Etat et la Société d’aménagement IMAAG Holding, les deux cimetières sur le site sont dans des zones d’aménagement concerté (ZAC) dont la vocation est différente de celle de ces lieux. Les ZAC du Centre Directionnel de Koloma étant des réserves foncières de l’État destinées à recevoir le surplus de besoins en bâtiments au cas où les prévisions d’occupation du sol seraient amenées à être dépassées ».

Cette décision est venue en rajouter au lot des mauvaises nouvelles, devenues le quotidien des populations de cette zone. En prenant sur lui la responsabilité historique de raser ces cimetières de Kaporo-rails, Dr Ibrahima aura franchi le Rubicon de « l’immoralité et de l’indécence ». C’est du moins ce que disent ses contempteurs, qui l’affublent dans cette foulée, du vocable de profanateur.

Face à la levée de boucliers provoquée par ce courrier polémique, l’intéressé a certes fait dans la nuance, en prétextant que cette décision viserait juste à protéger ces nécropoles. Et que ces fermetures seraient momentanées, pour des raisons de travaux d’aménagement, mais l’opinion n’est pas dupe, et encore moins les victimes de Kaporo-rails. Ces populations savent en effet, ce qu’en vaut l’aune.

Des victimes qui ont été promptes à réagir à cette menace qui plane désormais sur les cimetières de cette zone. C’est ainsi que dans un communiqué rendu public ce 18 avril, les déguerpis rappellent que « dans l’histoire de la Guinée, jamais on aura entendu parler de profanation de cimetières par l’Etat. Il aura fallu attendre 2021 pour voir une telle politique se dessiner.

L’empressement du Ministre à effacer toutes traces humaines de Kaporo-Rails, fait suite à la conférence de presse de l’avocat des victimes au cours de laquelle, il a annoncé la relance de la procédure judiciaire avec la venue prochaine à Conakry d’une mission des juges de la CEDEAO dans le cadre d’un transport judiciaire ».

Bien d’observateurs pensent que s’en prendre à des cimetières d’une zone qui souffre le martyr depuis l’ère Conté, c’est ouvrir la boite de pandores. Même si le gouvernement est soupçonné d’être dans une logique de débarrasser définitivement ces zones de leurs occupants, au profit des nantis. On appelle ça les effets pervers d’un processus de gentrification.

Mamadou Dian Baldé

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