Guinée : la longue et difficile marche vers l’électrification (Par Dr Sidiki Cissé)

Commencée depuis la période coloniale, la marche de notre pays vers l’électrification, loin d’être un long fleuve tranquille, sera truffée de difficultés consécutives à son NON historique du 28 Septembre 1958. Mais également, elle est brodée d’exploits imaginaires inventés par des politiciens en quête de popularité à bon marché. D’où cette incoercible tentation qui nous pousse à emprunter à François Marie Rouet, dit Voltaire, sa célèbre citation : « le mensonge en a trop longtemps imposé aux hommes ; il est temps qu’on connaisse le peu de vérités qu’on peut démêler à travers ces nuages de fables qui couvrent l’histoire romaine ».
Cette belle citation du célèbre écrivain français pourrait bien s’appliquer à l’histoire de l’électrification de la Guinée qui, malheureusement, est chargée de vérités, de contrevérités et de hauts faits d’armes qu’il convient de mettre à la portée de notre peuple trop souvent abusé par les mensonges politiques.
Cette belle saga de notre pays sur le chemin de l’électrification, qui peut être divisée en deux grandes périodes, doit donc être expurgée des contes de fée, des calomnies et autres fanfaronnades inutiles, afin de permettre au peuple d’apprécier de façon sereine, l’importance et la valeur des actes posés à travers les époques et les régimes.


La période coloniale

Pour tirer le maximum de profits de ses possessions coloniales, principalement, et accessoirement pour offrir un certain confort à ses représentants, le colonisateur entreprit d’y introduire l’énergie électrique.

Ainsi, dans notre pays, pour l’exploitation des immenses ressources naturelles dont il est doté par dame nature, diverses actions furent initiées :

  • de 1923 à 1924 : l’expédition conduite par Cohen et Bélier sur le fleuve Konkouré, deux ingénieurs venus de la France métropolitaine, permit de découvrir l’importance stratégique de ce cours d’eau dans le processus d’électrification et de développement de notre pays, et dont le potentiel hydroélectrique sera estimé à 1200 MW.
  • de 1951 à 1953 : Construction de la centrale hydroélectrique de Baliwondi, plus connu sous le nom de Grandes Chutes, d’une puissance de 10 MW, avec une production électrique annuelle de 20 000 000 KWH, et ce, jusqu’aux premières années de l’Indépendance du pays. Bouclage des études de faisabilité et des financements pour la construction d’un barrage dont la production annuelle était estimée à 3,2 milliards KWH ,à Souapiti, sur le fleuve Konkouré, pour l’alimentation en électricité de l’usine d’alumine d’abord, puis celle d’aluminium plus tard à Fria. Le démarrage des travaux de construction prévu pour l’année 1959, fut purement et simplement annulé pour punir la République naissante pour son audace.
    Période postcoloniale. Elle s’étend de la proclamation de l’Indépendance du pays, le 2 Octobre 1958, à nos jours.
  • La Première République
    Le régime du PDG (Parti Démocratique de Guinée) perçût très tôt l’importance de l’énergie électrique dans le développement économique d’un pays. Dès les premières années de l’accession du pays à la souveraineté nationale, les dirigeants marquèrent leur

détermination pour une électrification rapide et conséquente, en adoptant des mesures vigoureuses et énergiques dont entre autres :
-l’augmentation de la production annuelle des grandes chutes qui, de 20 000 000 de KWH en 1962, est passée à 200 000 000 de KWH en 1967.
-création d’un Ministère de l’Energie et du Konkouré.
Malheureusement, cette volonté de nos premiers dirigeants se heurtera aussitôt au courroux de l’ancienne puissance coloniale, qui usera d’interminables manœuvres hostiles pour punir le pays pour sa témérité pour avoir osé voter Non au Référendum gaulliste du 28 Septembre 1958. En dépit d’un contexte extrêmement difficile, la Première République consentira des efforts louables qui aboutiront à la construction de nombreuses centrales de production qui sont :
-Tombo 1 ………………………………………26,6 MW -Tombo 2 ………………………………………20,2 MW -Banéah……………………………………………..5 MW -Donkéah…………………………………………15 MW

  • Grandes Chutes………………………….27 MW – Kinkon………………………………………3,4 MW – Tinkisso………………………………………1,65 MW – Loffa…………………………………………..0,15 MW – Samankou……………………………………0,25 MW – Centres isolés………………………………16 MW
    Total…………………………………………115 ,25MW

La deuxième République

S’inscrivant résolument dans la continuité du renforcement des capacités énergétiques de notre pays, le régime issu du 3 Avril 1984 construira à son tour de nombreuses centrales électriques :
-Tombo 3 ……………………………………………44,8MW -Tombo 5 ……………………………………………32,4 MW – Tombo 4 ……………………………………………12,5 MW

  • Garafiri…………………………………………75 MW – Samankou………………………………… 0, 16 MW – Centrales régionales………………………7 MW
    TOTAL………………………………………171,86 Eclairage :
    Au chapitre des contributions de la Deuxième République dans le renforcement des capacités du réseau électrique guinéen, il nous semble intéressant d’ouvrir une parenthèse sur la prétendue électrification en 1996 de notre capitale, en moins d’un an, au temps d’un certain Premier Ministre, aujourd’hui farouche opposant. Peut-on raisonnablement mettre en balance le défi de l’électrification du Conakry de l’époque, qui comptait moins d’un million d’habitants et de petites maisons, avec celui de la mégapole d’aujourd’hui de près de 3 millions d’habitants, comptant d’innombrables buildings, dévoreuses de courant électriques, sans oublier les multiples usines, ateliers de soudure et de menuiserie, tous grands consommateurs de courant électrique ?

Parlons donc de cette fameuse « électrification » de Conakry ! En réalité, une véritable fable, un conte de fée qui aura duré moins de temps que le séjour à la Primature de son maitre d’œuvre, et, uniquement destiné à amadouer le peuple.

De quoi s’agit-il ? Ce « miracle » aurait consisté à électrifier notre Capitale, à écouter nos charmeurs émérites, par la seule force de Tombo 4, qui ne représentait que 12,5 MW dans une puissance totale installée de 171,86 MW. Tombo 4 était composé de 3 groupes ;
-Un groupe de 2,5 MW qui a tourné 10 800 heures, soit 450 jours, c’est-à-dire, 1 an 2 mois et 25 jours.
-Un groupe de 5 MW ayant fonctionné pendant 18 855 heures, soit 785 jours, soit 2 ans et presque 2 mois.
-Un deuxième groupe de 5 MW qui a marché pendant 19 411 heures, soit 809 jours, c’est-à-dire, 2 ans, 2 mois et 19 jours.

Aux dires de spécialistes, la durée de vie d’un groupe de ce type est au minimum de 20 ans, c’est-à-dire 7300 jours ou 175 200 heures. Les auteurs d’un tel gâchis devraient plutôt faire profil bas, pour ne pas susciter la colère du peuple qui pourrait bien leur demander des comptes.

N’est-ce pas pour conjurer la malédiction de Tombo 4, qui eut une durée de vie des plus courtes, que le Ministre de l’Energie de l’époque, Cheik Talibi Sylla, préfèrera appeler Kaloum1 et Kaloum 2, les 2 groupes qui furent installés après ?

La Troisième République

Entamée en 2010 sous le magistère du Professeur Alpha Condé, elle peut légitimement revendiquer le titre de la République championne, au regard des nombreux et importants ouvrages réalisés ou en projets dans le domaine de l’électrification de notre pays, comparativement aux 2 précédentes. Citons :
Kaloum 1 …………………………………… ……24 MW KAloum 2…………………………………………..26 MW AGREKO…………………………………………….50 MW KIPE…………………………………………………..50 MW

G ENERGIE………………………………………….50 MW TE POWER……………………………………………50 MW KALETA……………………………………………….240MW SOUAPITI…………………………………………….450MW Centrale flottante turque KAR POWERSHIP……………………………………………….105MW Centres isolés………………………………………..23 MW
Total……………………………………………………1068MW
A ces importants investissements dans le domaine de la production électrique, ajoutons les projets de barrage de Amariya (en début des travaux, 300 MW), Fomi(95 MW), Koukoutamba (294 MW), Kogbédou(66 MW), et Frankonédou (36 MW) pour lesquels les études de faisabilité sont totalement bouclées.

A ces gros investissements dans le domaine de la production, ajoutons ceux consentis dans la construction des réseaux de transport et de distribution du courant électrique, dont plus de la moitié l’auront été sous la gouvernance actuelle.
Pour mémoire, retenons que la longueur totale des réseaux HTB (Haute tension) des réseaux du système interconnecté par niveau de tension est 549,78 KM, tandis que celle des réseaux HTA (Moyenne et Basse tension) du système interconnecté par niveau de tension est de 1471,83 KM.

Au regard de toutes ces considérables réalisations, lorsque les inimitiés, les rancœurs et les passions politiques se seront apaisées, nul doute que le peuple, dans toutes ses composantes, manifestera toute sa reconnaissance au Président bâtisseur, le Professeur Alpha Conde.
Vive la Guinée unie et paisible pour un développement profitable à tous.

Par Dr Sidiki Cissé

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