Gestion des fonds de riposte au covid19 : l’impérieuse nécessité d’une implication des corps de contrôle

Le gouvernement a annoncé le lundi 06 avril  un plan de riposte contre le Covid-19. Ce plan très ambitieux concerne les trois domaines suivants : sanitaire, économique et social. Le budget pour financer ce plan est estimé à  environ 3 500 milliards de francs guinéens (360 millions de dollars).

Pour l’exécution correcte de ce plan, deux impératifs sont à prendre en compte. Le décaissement rapide des fonds et le renforcement des mécanismes de contrôle.

Du décaissement rapide des fonds :

En effet, plusieurs mesures ont été annoncées par le gouvernement, notamment le soutien aux ménages les plus démunis pendant cette période. Les conséquences de l’épidémie étant déjà visibles sur le quotidien de la population, il convient de vite déployer l’aide promise par le gouvernement aux citoyens les plus vulnérables. Cela suppose des mécanismes de décaissements plus rapides. Quand on sait que le circuit normal est souvent long

Du renforcement des mécanismes de contrôle :

Dans tous les pays du monde, l’exécution de la dépense publique n’est pas exempte de risques : la corruption, les détournements de fonds, les fautes de gestion, etc. En Guinée,  comme la majorité des pays en voie de développement, ces risques sont encore plus accentués. C’est pourquoi il convient de mettre un accent particulier sur le contrôle de la consommation des fonds publics. Ce contrôle est aussi bien a priori, concomitant et a posteriori.

  • Du contrôle a priori

Il convient de renforcer la Direction nationale du contrôle financier qui assure le contrôle a priori, notamment en intégrant dans ses pratiques l’analyse des risques. Ces risques sont nombreux, mais les plus courants sont :

  • l’absence et/ou l’insuffisance des pièces justificatives ;
  • les calculs erronés ;
  • la qualité de l’ordonnateur : personne non habilitée ou absence de compétence technique de la commission de réception ;
  • la non-saisie du dossier de liquidation dans le système d’information par les services de l’ordonnateur ;
  • une certification erronée du service fait ;
  • l’absence d’avis sur les projets d’actes juridiques ou de décisions administratives relatifs au recrutement d’agents.
  • Du contrôle concomitant

L’organe représentatif du peuple (le parlement) doit veiller à l’exécution du budget alloué à la riposte contre le Covid 19. D’abord en auditionnant régulièrement les personnalités qui sont en première ligne de cette lutte en vue de répondre à l’obligation de transparence qui caractérise la gestion publique.  Mais aussi, en ratifiant à travers la loi de finances rectificative les dépenses et les ressources prévues dans le cadre de cette riposte.

  • Du contrôle a posteriori

A ce niveau, il faut absolument mobiliser les organismes de contrôle, en particulier l’Inspection Générale d’Etat(IGE), l’Inspection Générale des Finances(IGF) et  l’inspection générale de la Santé (IGS). L’implication  de ces structures nous permettra d’éviter de reproduire le scénario Ebola où beaucoup d’accusations de détournements de fonds ont été portées mais jamais suivies de vérifications et éventuellement de sanctions. Mais comment mobiliser ces structures ? Il faut rappeler que les inspecteurs généraux d’Etat ont menacé de démissionner dernièrement et ont même déserté depuis  leurs locaux, en raison de la non-signature de leur grille salariale qui, d’après nos informations, se trouveraient sur la table du Président de la République. Certaines sources nous apprennent que le Vérificateur général de Guinée (le chef de l’IGE), son adjoint et la secrétaire sont les seuls qui fréquentent l’institution.  C’est dire que l’IGE est à l’abandon. Il est donc urgent de remettre cette institution en état de fonctionner en vue de lui permettre de s’acquitter de ses missions, surtout en cette période  de risques sanitaires, mais aussi de grands risques de dilapidation de nos ressources. L’IGE étant l’institution supérieure de contrôle au niveau administratif, son fonctionnement normal induirait forcément le fonctionnement des inspections sectorielles.

Par ailleurs, la Cour des comptes a un rôle à jouer. Il faudra qu’elle s’implique à travers les attributions qui sont les siennes, notamment le contrôle de gestion pouvant aboutir sur  la détection  des fautes de gestion  et le jugement des comptes. Faut-il rappeler que depuis son installation en 2016, elle peine à juger les comptes des comptables publics.

Avec mosaiqueguinee

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