Déçu et trahi, la jeunesse burkinabé décide de ne pas se rendre aux urnes (vidéo)

A seulement quatre mois des élections présidentielles et législatives du 22 novembre au Burkina Faso, plusieurs jeunes ont décidé de ne pas se rendre aux urnes pour voter.

« Je n’ai plus confiance, à chaque fois on nous promet le changement et rien ne se passe » a affirmé, déçu ce jeune Burkinabé répondant au nom de Dramane Sankara, 27 ans, diplômé d’un BEP en construction et à la recherche d’un emploi.

En effet, entre crise sécuritaire, fronde sociale, scandales de corruption, épidémie de coronavirus, plus rien ne va dans le pays de Roch Kaboré.

Sylvestre Tiendrebeogo, un autre jeune de 21 ans venu chercher sa première carte d’électeur, lui non plus n’y croit « plus vraiment ». « Aucun candidat ne me convainc, je déciderai au dernier moment », a lâché l’étudiant, en haussant les épaules.

Derrière son écran d’ordinateur, l’agent du centre semble déçu. Alors que les opérations d’enrôlement se sont clôturées le 16 juillet, il s’attendait « à plus de jeunes ».

Image d’illustration

Selon la Commission électorale nationale indépendante (CENI) sur un potentiel de 4,5 millions nouveaux électeurs, seulement 1,1 million était enrôlé à mi-parcours, dont même pas 20 % de moins de 25 ans.

Ces chiffres, provisoires, traduisent la désillusion qui s’est emparée d’une partie de la jeunesse six ans après l’insurrection populaire de 2014, où l’ancien président Blaise Compaoré a été renversé par la rue après vingt-sept années au pouvoir.

Mais pourquoi cette timide inscription des jeunes sur les listes électorales ?

Pour la course présidentielle,  le président Roch Marc Christian Kaboré, lui-même ex-dauphin de Blaise Compaoré, sera en compétition avec plusieurs anciens du régime, exclus des élections de 2015 : l’ex-premier ministre Kadré Désiré Ouédraogo, l’ex-ministre Gilbert Noël Ouédraogo ou encore Eddie Komboïgo, le président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti fondé par M. Compaoré.

« Blaise ou Roch, c’est pareil ! », estime Ismaël Rouamba, un chauffeur de 33 ans, devant le bureau d’enrôlement.  Et pourtant, en octobre 2014, il avait fait partie de ces centaines de milliers de manifestants à exiger le départ du « beau Blaise ». https://www.youtube.com/embed/co6z0qYH4Hg?autoplay=1&controls=1

L’année suivante, l’élection de M. Kaboré, avec 53,49 % des voix, avait suscité des grands espoirs de changement chez les jeunes. Mais aujourd’hui, cet ancien insurgé s’estime « trahi ». « C’est même pire qu’avant à cause du terrorisme », regrette le trentenaire, qui gagne environ 30 000 à 40 000 francs CFA (40 à 50 euros) par mois.

Il faut dire qu’en cinq ans, « le Burkina Faso a plongé dans une grave crise sécuritaire, avec près de 1 300 civils tués dans des attaques devenues quasi quotidiennes, selon les données de l’organisation non gouvernementales Acled. Plus de 800 000 déplacés ont été forcés de fuir leur foyer et de nombreuses localités échappent désormais au contrôle de l’Etat. Selon un sondage réalisé en juin par le Centre pour la gouvernance démocratique, un institut de recherche burkinabé, 63 % de la population se disent insatisfaits des actions du chef de l’Etat depuis son accession au pouvoir. Une ‘’crise de confiance profonde’’, selon certains observateurs, encore aggravée par différents scandales de corruption impliquant le parti au pouvoir. »

SOURCE : Le Monde

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :