Coup d’État militaire en Afrique : une règle ou une exception ? (Par Fabien Bangoura)

Un coup d’État est une action soudaine (d’une durée de quelques heures à au moins une semaine) qui consiste souvent au renversement violent d’un gouvernement par un petit groupe de militaires, de police ou des forces de sécurité.

Il en résulte le remplacement illégal du gouvernement existant, des autorités politiques et du cadre constitutionnel. Si l’action du petit groupe pour se débarrasser du gouvernement établi échoue (qui ne prend généralement pas plus d’une semaine), cela est considéré comme une tentative d’intervention ou « tentative de coup d’État ».

Par ailleurs, l’action militaire extra-légale ou paramilitaire visant l’ingérence dans les affaires politiques est appelée un « complot ». Dans un tel cas, la population ne le découvre que plus tard lorsque les autorités au pouvoir annoncent qu’une intrigue a été découverte et évitée.

Au-delà du coup d’État conduisant au renversement d’un pouvoir civil ou militaire, la conservation du pouvoir par l’armée dépend de différents facteurs : les motivations personnelles du détenteur du pouvoir, les divisions au sein de l’armée – souvent liées aux revendications de la troupe ou au poids de la garde présidentielle, la capacité de l’armée à bénéficier de l’appui de la société civile et des partis de l’opposition, et la capacité de la Communauté internationale à faire pression pour un retour à l’ordre constitutionnel.

Il est aussi souvent avancé que l’ingérence de l’armée en politique ne se produit que lorsque les gouvernements civils se révèlent incapables de gouverner de manière efficace. Rares, voire introuvables, sont les cas où l’armée prend le pouvoir simplement pour répondre à ses propres ambitions.

L’instabilité politique et la crise économique sont souvent citées comme causes des coups d’état en Afrique. Le 18 février 2010, Mamadou Tanja, président démocratiquement élu du Niger, a été renversé par un coup d’Etat militaire. Il s’agissait d’une réaction à la décision du Président de proroger de trois ans son deuxième mandat quinquennal. Au mali, la junte a renversé Ibrahim Boubacar Keïta en, créant le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) », afin d’ouvrir une « transition politique civile » devant remettre le processus démocratique sur les rails.

Même lorsque l’armée a déjà une orientation politique et que ses officiers ont des ambitions politiques, l’ingérence des militaires suit en général l’échec des gouvernements civils à préserver la stabilité politique et à réaliser une croissance satisfaisante. Cet échec mène à une perte de légitimité, ce qui les expose alors à un changement violent.

À l’inverse, un gouvernement civil fort et efficace, qui réussit à conserver sa légitimité, semble virtuellement à l’abri de toute possibilité de coup d’État militaire.

Même si la détention des armes permet aux militaires de s’imposer, le fait que les populations, les représentants de la société civile, voire les opposants politiques ne rejettent pas systématiquement leur ingérence dans la vie politique traduit une certaine adhésion ou légitimation du putsch. C’est le cas de la situation en cours au Mali. En effet, de nombreux chefs d’État instrumentalisent la légalité de leur pouvoir (modification de la Constitution, organisation du référendum) pour cacher leur défaut de légitimité (Mali, Cote D’Ivoire, Guinée, Burkina Faso, )

Par ailleurs, on retrouve dans les coups d’État post-transition des années 1990 des justifications déjà évoquées lors des premiers coups des années 1960 : l’armée symbole et modèle de cohésion de la société ; l’armée arbitre s’autorisant à intervenir si le régime ne satisfait plus la population et pour sanctionner ses erreurs. De ce fait, les militaires peuvent se considérer donc comme garants des institutions et gardiens de la démocratie constitutionnelle.

CONCLUSION:

La référence au « coup d’État démocratique » traduit donc une autre réalité, celle où le blocage des processus d’alternance par la classe politique confère aux forces armées une légitimité pour intervenir et mettre fin par le recours à la force à des pratiques néfastes pour l’exercice démocratique.

Le rôle de l’armée dans le cadre des transitions ou des alternances démocratiques est fondamental. On constate que dans les pays où l’armée a fait prévaloir son caractère républicain, en tant qu’acteur neutre, cohérent et autonome des enjeux politiques, le processus de transition ou d’alternance politique ont gagné en maturation. De ce fait, l’alternance ou la transition politique ne se fait jamais contre les militaires, elle se fait au mieux avec, au minimum sans eux.

Notons enfin que dans les coups d’État démocratiques, les élections tendent à se dérouler dans un court laps de temps, généralement d’un à deux ans. Une armée déterminée à transférer le pouvoir à des dirigeants démocratiquement élus veut généralement se sortir de ce qui est peu familier pour gouverner un pays. Elle sait le mieux: défendre la nation contre les menaces extérieures. Par exemple, les armées turques et portugaises, qui ont respectivement organisé des coups d’État démocratiques en 1960 et en 1974, ont rendu le pouvoir à des dirigeants démocratiquement élus en deux ans. Pendant la période de transition, un certain nombre de tâches d’entretien ménager nécessaires à la tenue d’élections libres et équitables peuvent avoir lieu.

Par exemple, l’armée peut créer l’infrastructure politique requise pour que les partis politiques s’organisent et que des élections démocratiques libres et équitables aient lieu (par exemple, la création d’une commission électorale, la promulgation de lois et de règlements électoraux, etc.)

Fabien BANGOURA 

Écrivain Révolutionnaire

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